
Le private equity, rempart stratégique face à la volatilité des marchés cotés
Dans un environnement économique chahuté, où les secousses boursières rappellent aux investisseurs la fragilité des marchés cotés, une classe d’actifs tire son épingle du jeu : le private equity, ou “non coté”. Invité sur BFM Business, Jean-Baptiste de Pascal, directeur général délégué d’Inter Invest, a pu éclairer les mécanismes de cette alternative d’investissement et mettre en lumière son intérêt stratégique croissant dans la constitution des portefeuilles.
Points clés à retenir : • Les marchés cotés subissent une instabilité chronique : chaque annonce politique ou décision de banque centrale se traduit immédiatement en variations de portefeuille. |
Marchés cotés : quand la tempête s’abat sur les portefeuilles
Depuis plusieurs trimestres, les marchés financiers sont marqués par une instabilité chronique. Annonces politiques, tensions géopolitiques, décisions de banques centrales... Tout événement majeur entraîne une réaction quasi immédiate des valeurs cotées. Cette hyper-réactivité, alimentée par la liquidité permanente des bourses, rend la gestion patrimoniale complexe pour de nombreux investisseurs.
A l’opposé, le marché dit “non coté” qui désigne les actifs non cotés en bourse, échappe à ces turbulences immédiates. Comme l’explique Jean-Baptiste de Pascal : « Le non coté ne réagit pas tout de suite. »
Cette latence est précieuse. Là où le coté impose une valorisation quotidienne, le non coté fonctionne sur des cycles de valorisation trimestriels, semestriels voire annuels. Un rythme plus lent, mais bien souvent plus fidèle à la réalité économique des entreprises.
À retenir : La valorisation trimestrielle ou semestrielle du non coté n’est pas une faiblesse : c’est un filtre qui préserve les portefeuilles de la réactivité émotionnelle des marchés. Selon Schroders Capital, le private equity a surperformé les marchés cotés au cours des 25 dernières années, et cette surperformance a été deux fois plus élevée en période de perturbations boursières.
Le temps long : l’atout maître du private equity
L’un des grands avantages du non coté réside dans cette dimension temporelle.
Pour les entreprises financées par le private equity, cela signifie davantage de sérénité. Loin de la pression des résultats trimestriels et des fluctuations instantanées, les dirigeants peuvent piloter leur stratégie sur le long terme, et adapter leurs décisions aux conditions macroéconomiques, avec recul et rationalité.
Du côté des investisseurs, ce temps long permet une meilleure absorption des chocs conjoncturels. Si une entreprise fait face à un nouveau cadre réglementaire ou à des hausses de taxes, elle a le temps de mettre en oeuvre un plan d’action avant sa prochaine valorisation. Résultat : une valorisation plus cohérente et moins soumise à l’émotion du marché.
À retenir : Les entreprises financées par le private equity sont libérées de la dictature des résultats trimestriels. Elles conduisent des transformations stratégiques sur des horizons de 5 à 7 ans, ce qui se traduit par une création de valeur opérationnelle plus durable que celle générée par les seuls mécanismes de marché.
La décorrélation en chiffres : ce que les données disent vraiment
La décorrélation est souvent citée comme l’un des atouts centraux du private equity. Les données disponibles en 2025-2026 permettent de la quantifier précisément.
Selon Julius Baer, les corrélations entre private equity et marchés cotés se situent généralement entre 0,5 et 0,8 selon la stratégie et la zone géographique. Elles sont bien plus faibles pour les rachats de petites et moyennes entreprises, le capital-développement et le capital-risque. Le marché secondaire, qui permet d’acquérir des parts de fonds matures à prix décotés, présente quant à lui le profil de décorrélation le plus marqué.
Pour illustrer concrètement ce que la décorrélation apporte à un portefeuille : un portefeuille composé d’un seul fonds de private equity présente une probabilité de 23,6 % d’enregistrer un TVPI inférieur à 1,0x. Cette probabilité tombe à 0,7 % dès lors que le portefeuille intègre neuf fonds distincts. La diversification par stratégie, par géographie et par millésime est donc aussi décisive que la décorrélation elle-même.
Caractéristique | Marchés cotés | Private equity |
Fréquence de valorisation | Quotidienne | Trimestrielle à annuelle |
Réactivité aux chocs externes | Immédiate | Différée, atténuée |
Corrélation inter-actifs en crise | Forte (convergence vers 1) | Modérée (0,5 à 0,8) |
Horizon d’investissement | Court à moyen terme | 5 à 10 ans |
Univers d’entreprises | ~4 000 cotées en Europe | ~200x plus en France |
Pilotage des dirigeants | Contraint par les résultats trimestriels | Long terme, sans pression boursière |
À retenir : La décorrélation du private equity n’est pas absolue, mais structurellement supérieure lors des phases de stress. Aux États-Unis, 87 % des entreprises générant plus de 100 millions de dollars de CA sont privées. En France, on estime qu’il existe 200 fois plus d’entreprises non cotées que cotées. La poche non cotée d’un portefeuille accède à un pan entier de l’économie que les marchés financiers ne reflètent pas.
Une croissance soutenue du private equity portée par l’assurance vie et les PER
Ce n’est pas un hasard si le private equity gagne du terrain dans les portefeuilles français. Selon les derniers chiffres de France Invest, le marché du non coté a crû de 30 % l’année dernière, en grande partie grâce à l’essor des unités de compte (UC) dans l’assurance vie et les plans d’épargne retraite (PER).
Ces enveloppes, longtemps réservées aux actifs cotés, s’ouvrent progressivement au private equity, rendant cette classe d’actifs plus accessible aux épargnants particuliers.
Bon à savoir : Inter Invest joue un rôle pionnier dans cette transformation.
À travers ses FCPR (Fonds Communs de Placement à Risques), ses fonds professionnels réservés aux investisseurs avertis et son FIP Outre-mer, la société structure des solutions adaptées aux objectifs d’une clientèle en quête de diversification, de performance long terme et d’optimisation de sa fiscalité.
À retenir : L’assurance vie et le PER constituent aujourd’hui les principaux vecteurs de diffusion du private equity auprès des particuliers. Les unités de compte en non coté permettent d’intégrer cette classe d’actifs dès quelques milliers d’euros dans une enveloppe fiscalement optimisée. Le cadre ELTIF 2.0, entré en application en 2024, renforce encore cette ouverture au niveau européen, avec 246 fonds enregistrés et un objectif de 75 milliards d’euros d’actifs fin 2026.
Intégrer le non coté dans une allocation : les modalités pratiques
La conviction sur les vertus du private equity ne suffit pas : encore faut-il savoir comment le positionner dans une allocation patrimoniale existante. Plusieurs paramètres structurent cette intégration.
Quelle part allouer au non coté ?
Les grandes fondations endowment américaines, comme Harvard ou Yale, allouent entre 50 % et 60 % de leurs portefeuilles au private equity. Pour des investisseurs privés, les pratiques de marché convergent vers une fourchette plus raisonnée : de 10 % à 20 % selon le profil de risque, l’horizon d’investissement et la capacité à accepter l’illiquidité. Des gérants comme Mirabaud structurent des allocations intégrant 5 à 15 % d’actifs privés dans leurs mandats de gestion.
La règle centrale : le capital alloué au non coté doit être du capital dont l’investisseur n’a pas besoin à court terme. L’illiquidité est le prix à payer pour accéder à la prime de performance et à la décorrélation.
Quels véhicules selon les profils ?
Véhicule | Ticket minimum | Profil cible | Enveloppe fiscale |
FCPR (assurance vie) | Quelques milliers d’€ | Grand public, épargnants | Assurance vie, PER |
FIP Outre-mer | 1 000 € | Contribuables cherchant réduction IR | Compte-titres |
FPCI | 100 000 € | Investisseurs avertis, patrimoniaux | Compte-titres, PER |
Fonds secondaires | Variable | Profils sophistiqués | Compte-titres |
La notification MIF 2 : un révélateur du biais coté
Un détail réglementaire souvent sous-estimé illustre le déséquilibre structurel des portefeuilles : les notifications automatiques imposées par la directive MIF 2 en cas de baisse de 10 % concernent quasi exclusivement les placements cotés. Ces alertes génèrent du stress chez les clients, parfois au détriment de la vision long terme. Une allocation qui intègre une poche non cotée significative contribue à réduire mécaniquement la fréquence de ces déclenchements, et à stabiliser la relation client dans les phases de turbulence.
L’exposition encore dominante aux marchés cotés
Pour autant, comme le rappelle Jean-Baptiste de Pascal, les portefeuilles des Français restent encore largement investis sur la partie cotée.
Un biais culturel, mais aussi réglementaire. Ainsi, les notifications automatiques reçues en cas de baisse de 10 % - imposées par la directive européenne MIF 2 - concernent en grande majorité les placements cotés. Et elles génèrent d’ailleurs un stress important, sans toujours tenir compte des performances globales ou passées.
Dans ce contexte, le rééquilibrage en faveur du non coté apparaît comme une nécessité pour :
- lisser les volatilités,
- amortir les chocs
- et bâtir un portefeuille plus résilient.
D’autant que les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les derniers mois, près de 30 entreprises ont quitté la cote à Paris, contre seulement 4 introductions. Le dynamisme serait clairement en dehors des marchés boursiers.
Pourquoi le non coté reste encore méconnu du grand public ?
Malgré son potentiel, le private equity souffre encore d’un déficit de notoriété. L’investissement non coté n’est pas intuitif pour l’épargnant moyen, habitué aux livrets bancaires, fonds euros ou actions cotées. Plusieurs freins expliquent cette situation :
- Une offre moins visible dans les contrats d’assurance vie, malgré une croissance rapide.
- Des contraintes réglementaires, notamment la demande de liquidité par les assureurs, qui imposent des ratios de 30 % d’actifs liquides dans certains fonds, déformant la structure du private equity traditionnel.
- Une complexité perçue, due à la diversité des stratégies (capital développement, capital transmission, infrastructures, dette privée, etc.).
Pour aller plus loin : Voir la vidéo de l’intervention de Jean-Baptiste de Pascal sur BFM Business dans l’émission Tout pour Investir.
À retenir : Le déficit de notoriété du private equity auprès du grand public est aussi une opportunité pour les professionnels du patrimoine qui le maîtrisent. Savoir expliquer le mécanisme de valorisation différée, l’effet de décorrélation et les enveloppes disponibles constitue un avantage différenciant dans la relation de conseil, à mesure que les clients prennent conscience de la fragilité de leurs allocations purement cotées.
Elvest : une plateforme multi-actifs pour ancrer le non coté dans chaque trajectoire patrimoniale
Conscient de ces enjeux, Elvest, anciennement Inter Invest, s’engage depuis plusieurs années dans la structuration et la distribution d’une gamme de solutions de private equity accessibles, robustes et adaptées à des stratégies patrimoniales diversifiées.
Sa maison experte dédiée au capital-investissement, Elevation Capital Partners, conçoit et gère des véhicules d’investissement distribués auprès d’un réseau de plus de 1 500 partenaires, banques privées, CGP et family offices, représentant plus de 72 000 investisseurs. Avec plus de 930 millions d’euros d’encours sous gestion, elle déploie trois stratégies complémentaires : capital-croissance (Growth), fonds de fonds et private equity immobilier (Real Estate).
L’objectif d’Elvest : rendre cette classe d’actifs accessible sans renier les exigences de transparence, de robustesse et d’accompagnement.
L’ensemble des produits de la gamme conçue et distribuée par les experts du groupe répond à des objectifs patrimoniaux clairs :
- diversifier,
- valoriser à long terme,
- et stabiliser les portefeuilles face à l’incertitude des marchés traditionnels.
Foire aux questions
Le private equity est-il vraiment décorrélé des marchés boursiers ?
Partiellement. Les données de Julius Baer et Schroders Capital montrent que la corrélation entre private equity et marchés cotés se situe entre 0,5 et 0,8, selon la stratégie. Elle est nettement plus faible pour les petits buyouts, le capital-développement et les fonds secondaires. Lors des crises de marché, les actifs cotés tendent à converger vers une corrélation de 1 entre eux, tandis que le private equity maintient un profil de valorisation distinct grâce à ses cycles trimestriels ou semestriels.
Pourquoi les dirigeants d’entreprises préfèrent-ils rester dans le non coté ?
La cotation en bourse soumet les dirigeants à la publication de résultats trimestriels et aux fluctuations de cours quotidiennes, ce qui peut contraindre les décisions stratégiques au détriment de la création de valeur long terme. Le private equity offre un actionnariat engagé, un horizon de 5 à 7 ans et une expertise opérationnelle partagée. Aux États-Unis, le nombre de sociétés cotées a diminué d’environ 40 % depuis la fin des années 1990, tandis que les entreprises restent privées en moyenne plus de dix ans avant une éventuelle introduction en bourse.
Quelle part de private equity intégrer dans un portefeuille ?
La pratique des grands fonds endowment (Harvard, Yale) est d’allouer 50 à 60 % au non coté, mais cela correspond à des profils institutionnels avec des horizons très longs. Pour des portefeuilles patrimoniaux privés, une allocation de 10 à 20 % selon le profil de risque et la capacité à accepter l’illiquidité est généralement recommandée. La règle fondamentale : n’allouer que du capital dont on n’a pas besoin avant 5 à 10 ans.
Quels sont les risques spécifiques du private equity à bien expliquer aux clients ?
Trois risques sont structurellement propres à cette classe d’actifs. La faible liquidité : le capital est bloqué sur 5 à 10 ans dans les fonds classiques, sauf pour les formats evergreen ou les fonds secondaires qui offrent des fenêtres de sortie trimestrielles. Le risque de perte en capital, comme pour tout investissement en actions. La dispersion de performance entre les gérants, qui peut dépasser 15 points de TRI entre le premier et le dernier quartile : la sélection du gérant est donc déterminante, plus encore qu’en gestion cotée.
Comment les unités de compte en private equity fonctionnent-elles dans un contrat d’assurance vie ?
Les contrats d’assurance vie peuvent accueillir des FCPR en unités de compte, permettant d’investir en private equity tout en conservant les avantages fiscaux de l’enveloppe. Ces fonds doivent répondre à des contraintes de liquidité imposées par les assureurs, notamment la détention d’une part d’actifs liquides (environ 30 % dans certains cas). Cette contrainte limite légèrement la pureté de l’exposition au non coté, mais elle rend le produit compatible avec les besoins de rachat partiels des assurés.
Pourquoi les notifications MIF 2 amplifient-elles la perception de risque sur le coté ?
La directive européenne MIF 2 impose aux intermédiaires financiers d’informer automatiquement leurs clients lorsqu’un portefeuille de placements cotés perd 10 % de sa valeur. Ces alertes, envoyées en temps réel, génèrent souvent des décisions de vente émotionnelles au pire moment, sans tenir compte de la performance globale du portefeuille ni de l’horizon d’investissement. Une allocation qui intègre une poche non cotée réduit la fréquence de déclenchement de ces notifications, contribuant à une relation client plus stable dans les phases de turbulence.
Private equity et PER : une combinaison à explorer ?
Oui. Le Plan d’Épargne Retraite est une enveloppe particulièrement cohérente avec la logique du private equity : l’horizon long du PER s’aligne naturellement avec l’illiquidité du non coté. Les versements sont déductibles du revenu imposable, ce qui réduit le coût net de l’investissement. Les unités de compte en private equity, accessibles via le PER, permettent de combiner optimisation fiscale à l’entrée et potentiel de performance supérieur aux marchés cotés sur le long terme.
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